Martine fête ses 70 ans ! Chronique d’un succès annoncé…

Le 10 avril prochain, lors de sa première vente aux enchères de l’année dédiée à la bande dessinée, Artcurial proposera notamment une sélection inédite de 40 œuvres signées Jacques Rouxel, l’auteur des Shadock et s’associera aux 70 ans de Martine, la célèbre héroïne de Marcel Marlier avec une sélection de 12 dessins originaux, extraits des plus anciens albums de la série. Parmi ces derniers, celui de la couverture de « Martine à la montagne« .

Marcel MARLIER (1930-2011) Martine à la montagne (Tome 8).
Gouache et collage pour la couverture de cet album publié en 1959 aux éditions Casterman. Personnages découpés et collés. 31 sur 40 cm. Estimation : 6 000 – 8 000 €. ©Artcurial
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Le personnage de Martine inventé par Gilbert Delahaye, auteur et typographe avec la complicité du jeune dessinateur Marcel Marlier, répond à la demande des éditions Casterman auxquelles ils collaborent : imaginer une héroïne féminine pour les 5 à 8 ans. L’aventure prend forme avec « Martine à la ferme » et « Martine en voyage » publiés en 1954. L’illustrateur belge Marcel Marlier dépeint Martine avec son joli petit minois souriant dont les yeux pétillent de joie de vivre comme « une gamine qui n’est pas sage, mais essaie de bien faire » ! Pour François, fils du dessinateur, cette petite fille qui au départ reflète l’état d’esprit enthousiaste du baby-boom « est devenue intemporelle (…). C’est important de donner du rêve et de belles choses aux enfants. C’était la vision de mon papa lorsqu’il a imaginé ces albums. » Cette série phare déclinée en 60 albums comporte notamment un incontournable « Martine à la montagne » qui ne pouvait pas m’échapper ! D’autant plus que l’original de la couverture (ci-dessus) fait partie des dessins vedettes de la vente d’ Artcurial…

Voici ce que raconte « Martine à la montagne » : « Martine, Françoise, Jean et Patapouf (le chien de Martine) viennent passer leurs vacances de Noël à la montagne.
Sur les pistes de ski, dans un village enneigé ou bien au chaud dans un refuge au coin du feu, la montagne révèle à Martine et à ses amis tous ses charmes : un beau pays où l’on n’est jamais fatigué de courir et s’amuser.
« 

Après le succès fulgurant de sa première vente Martine en 2019, le département Bandes dessinées d’Artcurial inclut dans sa vacation du 10 avril prochain une sélection de 12 gouaches originales sur papier de Marcel Marlier. “Un enfant ne voit jamais la réalité comme un adulte. (…) Quand je réalise mes illustrations, expliquait le dessinateur, j’essaie de retrouver cet esprit d’avant, quand tout était merveilleux.” Son style délicieusement vintage, léché, méticuleux, aux couleurs éclatantes peaufinées avec un soin extrême, répond à un souci permanent d’exactitude propre à chaque sujet qu’il travaille beaucoup en amont.

Micheline Presle

Le dessinateur, qui puise souvent dans son entourage proche puis dans sa propre famille ses sources d’inspiration (« Martine à la montagne » a aussi des faux airs de l’actrice Micheline Presle !), cultive l’art et la manière de capter l’attention des enfants. Le duo d’auteurs raconte des « aventures » calquées sur la réalité du jeune lectorat à cette différence près qu’à leur âge les protagonistes ont l’air étonnamment libre et autonome, ce qui déjà peut faire rêver! Semblable à un feuilleton, Martine, dont chaque album s’apparente à un épisode, retrace une tranche de vie de l’adorable héroïne avec ses amis, ses expériences multiples, ses découvertes, ses rencontres, ses joies simples… Véritable phénomène de l’édition jeunesse, Martine bercera plusieurs générations, comptabilise 60 albums vendus à 120 millions d’exemplaires en langue française et 50 millions en langues étrangères avec plus de 30 traductions (certains pays débaptisent Martine pour faire plus « couleur locale » ! ).

Un monde enchanté…
Marcel MARLIER (1930-2011)
Martine – Tome 8 Martine à la montagne
Gouache sur papier pour la planche 17 de cet album publié en 1959 aux éditions Casterman. Signée « Marlier » en bas à droite. 19,50 sur 23,60 cm
(vendue 23400€ chez Artcurial en avril 2019).

Marcel Marlier aurait même décliné l’offre de « Bambi« , alias Michael Jackson, fan de Martine (dont il avait découvert l’existence grâce aux puzzles pour enfants de Ravensburger) qui souhaitait ardemment acquérir des originaux. « J’ai fait son portrait au crayonné, que je lui ai offert« , précise l’illustrateur d’une modestie touchante après avoir été, lui et sa femme, invités par la star de passage en Europe. Mais il ne cède pas!

Marcel Marcel en pleine séance de dédicace! ©DR

Rançon de la gloire mais aussi réaction viscérale contre tout ce qui entonne la mélodie du bonheur, le personnage culte de Martine devient un mène pour le meilleur et pour le pire comme le signalait déjà Anne Sollier (Figaroscope, avril 2019) ! Autrement dit un concept massivement repris, décliné et détourné sur internet de manière souvent parodique, qui se répand comme une trainée de poudre, créant ainsi « le buzz« . Voilà Martine mise ainsi à toutes les sauces, les plus saugrenues bien sûr par rapport à son univers… Martine et l’annonce du Brexit, Martine a vu les gilets jaunes sur un rond-point, Martine a vu jouer le PSG, Martine traverse la rue pour trouver un boulot, etc. Les références à Martine sont nombreuses. Récemment encore, dans le nouveau magazine de Voyageurs du Monde qui vient de paraître, « Voyageurs Journal » (Volume 1 de 2023-2024), une des journalistes, Geneviève Brunet, titre son article quelque peu narquois « Martine prend l’avion… » (« Journal d’une râleuse« , page 19) et débute ainsi : « Dans la bibliothèque de la maison de famille, je retombe souvent sur les « Martine », récits qui ont alimenté mes rêves d’enfance. En tête de mes fantasmes, il y a « Martine en avion » de 1965... »

Dans son livre à paraître en mars chez Casterman, « Martine ou l’éternelle jeunesse d’une icône », Laurence Boudart analyse avec justesse les raisons de cet engouement pérenne pour la craquante Martine : « Plusieurs éléments jouent, à mon sens. D’abord, le fait que l’héroïne porte des valeurs universelles, dans lesquelles tous les enfants peuvent se reconnaître : l’amitié, la soif d’apprendre, la curiosité, l’enthousiasme, la liberté, le désir d’autonomie. Ensuite, le fait d’avoir inscrit Martine dans un monde et des histoires proches de son lectorat force l’identification, malgré les modes. Tous les enfants aiment jouer, s’amuser, apprennent à faire du vélo, vont à l’école ou en vacances à la mer. Martine apparaît comme une héroïne qui leur ressemble tout en vivant dans un univers rassurant, bienveillant et irénique. » Les textes de Gilbert Delahaye restent très simples et factuels. Ils ne font pas vraiment rêver. En revanche, Marcel Marlier accroche le regard, suscite l’envie et titille l’imaginaire avec ses illustrations ultra colorées et détaillées . On passe davantage de temps à regarder les images, c’est un fait. À tel point que l’on a l’impression de rôles inversés… le narrateur décrirait une image plutôt que le dessinateur n’illustrerait un texte ! Au décès de Gilbert Delahaye, en 1997, Jean-Louis Marlier (fils de Marcel)  prend le relais en apportant de nouveaux scénarios à la série Martine qui s’inscrivent dans l’esprit des précédents en s’imprégnant de leur époque, sans pour autant rompre le charme. La « saga » s’arrête à la disparition du dessinateur, en 2011 mais une série d’animation télévisée en 3D réalisée par Claude Allix est diffusée dès août 2012 sur M6. Les éditions Casterman attendent dix ans pour concevoir des albums inédits qui gardent en couverture le nom des créateurs de Martine… « Hier comme aujourd’hui, comme le souligne Laurence Boudard, lire Martine, c’est s’offrir un moment paisible, réconfortant et doux, se mettre en quête d’une certaine image du bonheur, loin des tourments de la vie moderne. Martine permet à l’enfant de se réfugier dans un espace d’innocence, une sorte de paradis universel « .

Vente aux enchères chez Artcurial : mercredi 10 avril 2024 à 19h, 7 Rond-Point des Champs-Elysées Marcel-Dassault – 75008 Paris. Exposition publique : samedi 6, lundi 8 et mardi 9 avril 2024, de 11h à 18h (https://www.artcurial.com/fr/vente-4387-bandes-dessinees)

Pour célébrer les 70 ans de Martine

  • Un nouvel album « Martine à Paris » à paraître le 20 mars aux éditions Casterman. Comme pour les précédentes histoires inédites parues dès 2021 avec Martine au Louvre puis Martine au Château de Versailles et Martine en Bretagne, le texte signé par Rosalind Elland-Goldsmith s’appuie sur des illustrations de Marcel Marlier puisées dans les titres anciens mixés à des décors photographiques. La magie du numérique ! On souscrit ou non à cette « adaptation » littéraire et graphique soignée de l’univers de Martine, c’est une autre histoire…
  • « Martine, l’éternelle jeunesse d’une icône », un second ouvrage sur l’univers de Martine par Laurence Boudart, l’auteur de l’essai « Martine, une aventurière du quotidien » paru en 2021 aux éditions Les Impressions nouvelles. Illustré de nombreuses archives, ce livre questionne les raisons de cette popularité, s’intéresse à l’histoire et aux qualités singulières de Martine et explore en particulier sa capacité unique à accompagner les évolutions de la société. Il explique aussi comment, en sept décennies, Martine a dépassé le statut de personnage pour devenir une véritable icône populaire. (Ed.Casterman)
  • D’autres parutions liées à Martine sont prévues chez Casterman au cours de 2024, année anniversaire. À suivre…
  • Une exposition à la Galerie Gallimard, du 20 au 30 mars, hélas de trop courte durée : « Martine, l’éternelle jeunesse d’une icône » ( 30 rue de l’Université – 75007 Paris) : https://www.galeriegallimard.com/ Une quarantaine d’originaux, des croquis jusqu’à la planche finalisée, issues des collections familiales (pas à vendre) mais aussi des produits dérivés « collector » édités par Les Jolies Planches associées depuis peu aux Éditions Gallimard avec une collection particulière, « 5 rue Gaston Gallimard » https://www.lesjoliesplanches.com S’il existe déjà un carnet « Martine à la montagne » (et l’affiche de cet album !), de nouvelles planches et affiches, des carnets mais aussi des albums, des marinières, sweat-shirts, chaussettes et de grands cabas en toile épaisse vont être proposés aux inconditionnels de Martine à l’occasion des 70 ans de leur héroïne préférée!

Sans oublier le Centre Marcel Marlier, dessine-moi Martine, installé dans les dépendances du Château des Comtes à Mouscron, en Wallonie (1, Avenue des Seigneurs de Mouscron 7700 Mouscron) dont l’agenda 2024 est très rempli pour fêter l’anniversaire de Martine… centremarcelmarlier.be

Marcel MARLIER 1930-2011, – Tome 11, Martine et les quatre saisons
Gouache sur papier pour la planche 19 de cet album publié en 1962 aux éditions Casterman. Signé en bas à droite « Marlier », 20,60 sur 24,80 cm (Vente Artcurial en 2019, estimation 4000-6000€ – vendue 26 650€)

2 réflexions sur “Martine fête ses 70 ans ! Chronique d’un succès annoncé…

  1. Avatar de Marmoret Andrée Marmoret Andrée

    Merci Marie Christine pour ce bel article qui me rappelle tant de souvenirs ! Et en plus j’ai le plaisir de fêter mes 70 ans en même temps que Martine ! A bientôt . Andrée

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