Barbara Thollot, photographe de montagne et galeriste à Samoëns

Créer une galerie d’art dans un village de montagne relève toujours d’un pari un peu fou. Et pourtant, cette jeune femme que l’on dirait échappée d’un tableau préraphaélite s’est lancée dans l’aventure voici un peu plus d’un an. Récemment, elle a aussi auto-édité son premier livre de photos et textes « Rêvalité ». Une double découverte enthousiasmante dans un environnement au charme fou qui manquait vraiment d’une jolie vitrine pour les œuvres d’art.

Abritée dans l’une des vieilles maisons dans la rue piétonne de Samoëns, proche de la délicieuse place du Gros Tilleul, la galerie Barbara Thollot séduit d’emblée. Déjà, Il se passe quelque chose en franchissant la porte qui n’existait pas avant l’arrivée de Barbara. C’est un peu comme si elle avait rendu son âme au lieu. Avec respect pour ces murs anciens, elle s’est inscrite dans son histoire, à pas feutrés, dans une sorte de dialogue imaginaire. L’envie de rompre avec le côté parfois intimidant d’une galerie d’art et d’en faire un endroit chaleureux et convivial où l’on prend plaisir à rester et à revenir souvent a guidé l’aménagement de l’espace.

La mini librairie de la Galerie Barbara Thollot ©Barbara Thollot

Dans les cent trente-cinq mètres carrés de la galerie, les grands tirages photos de Barbara ont trouvé un écrin parfait et occupent le rez-de-chaussée. Amoureuse des livres et de récits de montagne plus particulièrement, elle a créé une mini librairie dans une sorte d’alcôve entre les deux salles pour partager ses coups de cœur, proposer autant de voyages immobiles vers les sommets, mais aussi des livres d’art pour adultes et enfants, des guides pour apprendre la photo… et les ouvrages dédiés aux artistes invités par la galerie.

Salle des artistes invités ©Barbara Thollot

Par un petit escalier escarpé on grimpe au premier étage, jadis fermé au public. Une pièce spacieuse avec une belle hauteur sous plafond accueille les expositions temporaires ayant parfois d’autres sujets que la montagne. Depuis l’ouverture de sa galerie le 6 décembre 2024 des artistes aux différents styles et techniques, de l’aquarelle à la peinture en passant par la sculpture, ont été invités par Babara Thollot. Actuellement, les cyanotypes* des Alpes de Fanny Zambaz et les bronzes de Fabrice Dal’Secco animent les lieux. Au rythme d’une exposition tous les deux mois, présentant parfois deux artistes comme actuellement avec cette magnifique « artisane de la photographie » de nationalité suisse et le sculpteur sur bronze parisien, la galerie a un carnet de projets déjà bien rempli.

La galerie présente en permanence les étonnantes pièces en bois sculpté – mobilier et objets – imaginées par les ébénistes sculpteurs Ben & Manu*. Un des choix judicieux d’une galeriste autodidacte qui se fie essentiellement à son œil et sa sensibilité. Leurs créations, qui remportent un vif succès auprès d’une clientèle privée (les chefs étoilés notamment), sont rarement accessibles au grand public.

Au premier étage, l’espace lumineux réservé aux artistes invités se prête aussi parfaitement aux rencontres et conférences que Barbara organise très régulièrement avec les artistes. L’occasion pour les septimontains (habitants de Samoëns) et pas seulement de se réunir et de découvrir d’autres univers. Une porte mène au bureau-atelier où Barbara imprime ses photos et finalise ses encadrements.

Dans son parcours peu commun pour une galeriste, cette normande originaire de Rouen, a travaillé dans l’hôtellerie à laquelle la destinait ses études. C’est à Genève qu’elle découvre sa vocation véritable, ses deux passions pour la montagne et la photographie qui très vite n’en font plus qu’une : la photo de montagne. À vingt-cinq ans « ça a été un tsunami dans ma vie. Je n’étais plus capable de me concentrer sur autre chose. Le matin, je me levais plus tôt pour aller photographier le lever de soleil au bord du lac et le soir après le travail, j’allais voir les chamois avant de rentrer chez moi ! ».

Barbara achète alors un chalet d’alpage à mille cinq cent mètres d’altitude, sur le plateau de Solaison en Haute-Savoie où elle vit pendant dix ans, d’abord seule puis en couple et en famille avec ses deux petites filles, Naska et Billie, ses « rayons de soleil » qui ont grandi là-haut. Cette retraite désirée, ce face à face avec elle-même, lui permettent de se construire : « Tout est parti d’un rêve un peu fou : vivre dans une cabane en haut d’une montagne et partir à ma rencontre ». De cette expérience riche et salutaire, Barbara garde des souvenirs formidables. Et ce n’est pas par hasard qu’elle cite dans son livre « Rêvalités » l’écrivain Sylvain Tesson : « Parfois les révélations proviennent du fond de soi » (« Dans les forêts de Sibérie »).

Barbara Thollot et ses filles Naska et Billie sur les marches de la galerie©Remi Thollot

Après une vie à l’écart du monde, retour souhaité à la civilisation qu’elle avait fui mais, sous certaines conditions que remplit parfaitement le charmant village de Samoëns, très connecté à la nature, vivant à l’année et qui reste encore protégé des dérives d’un tourisme de masse : « Samoëns est hyper agréable à vivre, pas très haut et on est au pied de montagnes extraordinaires et puis il y a école et collège, c’était très important aussi pour nous avec les filles. » Barbara Thollot avait songé à créer sa galerie dès qu’elle a pu commencer à vivre de ses tirages. Après de nombreuses expositions, le rêve d’occuper un lieu à elle où présenter en permanence ses photos (qu’elle continue d’appeler ses « tableaux », ce qui prête à confusion) mais aussi un lieu de rencontre avec d’autres artistes, se concrétise lorsqu’elle découvre cet espace atypique à Samoëns : « on a vraiment besoin d’avoir un regard extérieur, celui du public et de rencontrer aussi d’autres artistes nourrit, c’est très inspirant. »

Quant au beau livre (selon l’expression consacrée !)de Barbara Thollot, il a été auto-édité par l’auteur qui s’en explique dans un éclat de rire : « Parce que je ne voulais faire aucune concession sur rien du tout ». Rémi, son mari, s’occupe de la distribution dans les librairies, c’est une affaire de famille ! « Rêvalités » retrace douze ans de photographies en montagne : « À travers ces pages,écrit Barbara, je vous invite à explorer cette « rêvalité » : ce monde suspendu entre le réel et le rêve. » Elle en signe les textes qu’elle ponctue de quelques citations bien choisies. Une remarque personnelle sur la maquette: on peut regretter que la présence de l’écrit sur la plupart des photos du livre perturbe le regard et puisse entraver l’immersion totale dans les images. À la galerie, Barbara aime accompagner ses tirages d’annotations sur l’histoire d’une photo, ce qu’elle évoque ou lui inspire. Dans « Rêvalités », il s’agit aussi de textes parfois plus longs qui relèvent d’une démarche proche de l’introspection. Elle se raconte, explique son cheminement mais aussi sa manière de travailler, ses bivouaques, son « affût à la lumière »…

Lors de sa participation en octobre dernier au « Chamonix Vallée Photo Festival » de 2025, elle expliquait : « J’ai la tête dans les nuages depuis mon plus jeune âge. Ça a longtemps été mon plus grand défaut, puis c’est devenu ma plus grande qualité depuis que j’ai découvert cette passion pour la photographie de Montagne. Ce fut une révélation : la rêverie est ma vocation, ma raison d’être. Aller là-haut, sur les sommets, c’est comme si j’entrais dans mon propre rêve. Grace à mon appareil photo, je récolte des fragments de magie et de poésie, comme pour me confirmer que c’était bien réel. »

La montagne qui inspire Barbara est celle qui émerge des brumes,  qui joue à cache-cache dans un balai des nuages, des ciels qui laissent planer le mystère, qui nous plongent dans un univers fantastique…L’imaginaire vagabonde, le temps semble suspendu et notre esprit s’envole vers les sommets. Sensible à « la poésie alpine », elle en saisit les manifestations à travers des atmosphères, des silhouettes, la présence furtive d’un animal ou d’un homme si petit au milieu de cette immensité altière, le souffle du vent, d’une bourrasque qui décoiffe la nature,  le calme céleste après la tempête, la palette de couleurs associée à chaque saison, le silence et la magie d’un paysage de neige…

En refermant « Rêvalités », ce grand album dont le format et la qualité du papier valorisent l’image, on se réjouit à la pensée que la montagne ne cessera jamais de jouer son rôle de muse auprès des artistes et que l’on ne cessera jamais de la redécouvrir à travers leur regard…

Toutes les photos ci-dessus sont des images de Barbara Thollot extraites, pour les paysages, de son livre « Rêvalité ». Galerie d’art Barbara Thollot, 4 Grande Rue – 74340 Samoëns (04 50 54 36 58). Horaires d’ouverture : Lundi : Fermé. Mardi – Dimanche : 10h – 12h30 / 15h – 19h. www.galeriebarbarathollot.com « Rêvalité » de Barbara Thollot, en vente à la galerie et dans toutes les bonnes librairies de montagne, 59 euros (Format : 30 x 30 cm, 180 pages). Les œuvres de Fanny Zambaz et Fabrice Dal’Secco sont présentes à la galerie jusqu’au 1er février pour Fanny et jusqu’au 12 avril pour Fabrice. (*Le cyanotype est un procédé d’impression monochrome ancien, par le biais duquel on obtient un tirage photographique bleu de Prusse, bleu cyan. Cette technique mise au point en 1842 par le scientifique et astronome anglais John Frederick William Herschel est celle qu’utilise Fanny Zambaz. Elle applique une émulsion photosensible aux ultraviolets sur un papier aquarelle, exposant ensuite l’ensemble à la lumière du soleil à travers un négatif avant de révéler l’image dans l’eau. Chacune, crée à la main a un caractère unique). Fanny Zambaz a publié « Esquisses sauvages. Cyanotypes » aux éditions Monographic, préfacé par Vincent Munier.

Pour découvrir les ébénistes sculpteurs Ben & Manu : https://lartdevivrelamontagne.com/?s=Ben+%26+Manu

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