Jean-Marc Aviolat ou la logique de l’irrationnel

Autodidacte bourré de talents, doué d’un imaginaire foisonnant, Jean-Marc Aviolat dévoile pour la première fois à Chamonix – où il est né et réside – ses merveilleux collages lors de l’exposition estivale et automnale du refuge du Plan de l’Aiguille… Une découverte qui enchante l’œil et réjouit l’esprit.

Déjà, l’affiche conçue par Jean-Marc Aviolat en dit long sur son style original et la thématique choisie : les métiers et les activités liés à la montagne. Revisités avec beaucoup de fantaisie par l’artiste, ils nous réservent de multiples surprises. Dans son regard amusé d’adulte resté un grand enfant brillent malice et rêverie. Ses œuvres évoquent à la fois l’univers merveilleux du réalisateur et illusionniste français Georges Méliès (1861-1938)* ou celui West Anderson dans son film « The Grand Budapest Hotel » (2014) et rappellent aussi, par leur humour déjanté, l’esprit des créations du collectif suisse Plonk & Replonk. Mais en réalité… le monde de Jean-Marc Aviolat « illustrateur d’histoires qui n’existent pas encore » ne ressemble vraiment à aucun autre !

Collage « le glaciologue » de Jean-Marc Aviolat ©Pierre Aviolat

« Je travaille à l’intuition, au ressenti, au moment présent en sachant que mon inconscient fera une grande part du travail » explique Jean-Marc. Ses collages requièrent une dextérité et une patience redoutables, de multiples recherches pour trouver chaque élément d’un puzzle dont aucune pièce au départ ne devait s’imbriquer dans un tel ensemble… Il découpe ensuite avec soin des personnages issus d’anciens catalogues chinés dans les brocantes, certaines parties de ses photos personnelles retravaillées sur écran, des fragments d’aquarelles de son épouse Elisabeth et d’autres éléments qu’il souhaite mettre en page sur fond de dessins et peintures. Il archive par sujet dans d’épais classeurs tout ce qui, le moment venu, pourra lui être utile. Pour lui « les différents plans de construction marquent la possibilité de percevoir et d’aborder les choses sous des angles différents ». Après avoir travaillé sur de grands formats, Jean-Marc privilégie le A4 ou A3 pour s’exprimer librement ou répondre à une commande qui titille aussi son imaginaire. Pour lui, « Le côté ludique du collage est très enrichissant. Apprendre en s’amusant, quoi de mieux ? En assemblant j’ai l’impression de poursuivre mes rêves nocturnes en adoptant le même schéma de construction des rêves. »

Collage « le dameur » de Jean-Marc Aviolat ©Pierre Aviolat

L’art du collage possède cette ambivalence particulière d’être à la fois une activité récréative et extrêmement précise, voir même laborieuse, tant il requiert de patience et de minutie lors de chaque étape. Allergique à la poussière du bois, Jean-Marc, qui a dû délaisser la sculpture, s’est orienté naturellement vers le collage en abordant cette technique comme « une chaîne d’activités qui se met en place pour chaque réalisation. » « Petit, ajoute t-il, « je voulais être architecte et le collage me donne vraiment l’impression de construire quelque chose, des sociétés où chacun a sa place dans le respect d’autrui et vit en harmonie avec son environnement. C’est utopique mais ça fait du bien ! »

Collage « le géomorphologue » de Jean-Marc Aviolat ©Pierre Aviolat

Collage rime avec découpage et il se souvient d’un grand-père paternel, originaire du Pays-d’Enhaut, berceau du découpage traditionnel suisse situé dans les Alpes vaudoises… Aviolat, son patronyme, signifie violette en patois local. S’agirait-il d’un atavisme familial ? Lui-même serait tenté d’y croire. Jean-Marc qui se dit artisan, plutôt manuel, parle avec une modestie sincère de ses « réalisations » plutôt que de ses « œuvres« . Il avoue un réel « besoin de sentir les matières au bout de ses doigts » et aimer depuis toujours manipuler le papier. Mais la construction de ses collages se nourrit d’un esprit terriblement inventif.

© Alice Barbolosi (pour tous les portraits de Jean-Marc Aviolat)
Personnage découpé pour le collage de Jean-Marc Aviolat « le hockeyeur » (ci-dessus).

Dans une autre vie, Jean-Marc Aviolat supervisait l’entretien des chemins de montagne pour la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix… Cet amoureux de la nature s’adonne depuis longtemps déjà à des activités artistiques, son jardin secret. S’il a exposé de nombreuses fois en Suisse, en Bretagne ou à Blois, cet accrochage chamoniard est une première dans sa ville natale ! Nul n’est prophète en son Pays…

Collage de Jean-Marc Aviolat « le PGHM » © Pierre Aviolat (pour toutes les collages)

L’exposition au Refuge du Plan de l’Aiguille réunit une trentaine d’œuvres parmi lesquelles se trouvent illustrés… le chemin de Stevenson, le berger, le randonneur, les secouristes de montagne, le cristallier, le gardien de refuge, le porteur, les aristocrates à la montagne, le Monchu à la mer de glace (de « Monsieur » en patois savoyard, le Monchu désigne aujourd’hui un touriste un peu ridicule, sorte de « Tartarin sur les Alpes » d’ Alphonse Daudet ! ), le cantonnier de montagne, le météorologue, les géomorphologues, l’éléphant d’Hannibal, le dameur, le glaciologue, le cabinier, le conducteur de téléphérique , l’employé des Thermes , le guide de haute montagne , le dameur ou bien encore l’hydrolicien… Insolites, humoristiques, poétiques… ses collages nous plongent dans des univers parallèles qu’il est passionnant de décrypter attentivement pour savourer chaque détail et comprendre les messages subliminaux glissés par l’artiste !

« le cabinier », collage de Jean-Marc Aviolat

Refuge du Plan de l’Aiguille, du 4 juin au 6 octobre 2024 – http://refuge-plan-aiguille.com (+ 33 6 65 64 27 53). Le refuge, situé à 2207 mètres d’altitude, a célébré ses 150 ans en 2019. Il a une belle histoire, un accès facile depuis la station intermédiaire du téléphérique de l’Aiguille du Midi et une vue panoramique magnifique sur la vallée. Ajoutez à cela que le Refuge compte parmi les meilleures tables d’altitude à Chamonix et que les tartes de Claude, le gardien, sont particulièrement réputées… Autant de bonnes raisons de prendre de la hauteur pour aller découvrir l’exposition de Jean-Marc Aviolat au Refuge !

© Refuge du Plan de l’Aiguille

Pour la petite histoire… Douze ans après son voyage de noces en 1885, Georges Méliès garde un tel souvenir du Massif qu’il revint à Chamonix pour filmer le Mont-Blanc en 1897. Il réalise un film d’une minute intitulé « Passage dangereux au Mont-Blanc », hélas perdu depuis.( Muriel Pignal « les premiers pas du cinéma en Haute-Savoie ». Édité par le Conseil Général de Haute-Savoie, 1997).

Collage « L’éléphant d’ Hannibal » de Jean-Marc Aviolat ©Pierre Aviolat

3 réflexions sur “Jean-Marc Aviolat ou la logique de l’irrationnel

  1. Avatar de Escurat Sylvie et Michel Escurat Sylvie et Michel

    Que d’imagination et quel talent : bravo ! Une bonne raison de passer par le refuge du plan de l’aiguille… et vivement un prochain périple à Chamonix.

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