À chacun sa montagne !

A la conférence de presse de France Montagnes jeudi 7 novembre à l’occasion du lancement de la saison d’hiver, de quoi parlait-on ? De montagne. Mais surtout affaires. Pour ne pas dire business car je ne voudrais pas ajouter un anglicisme de plus à tous ceux dont nous a abreuvés chaque intervenant.

« Duel » de Jean-Michel Tixier

Le rendez-vous était fixé à la Tour Eiffel qui, en raison de sa notoriété, se protège des assauts éventuels et des possibles attentats. C’est donc emprisonnée et ceinte de murs disparates et affreux, façon parc d’attractions avec des entrées multiples et des files d’attente interminables, qu’elle fête ses 130 ans… Nos amis montagnards qui nous conviaient à ce rendez-vous perché ne nous ont pas épargnés les comparaisons entre la hauteur de la Tour Eiffel et l’altitude de leurs sommets ni les moqueries sur la vie des pauvres parisiens… mais ça, on a l’habitude et on les aime bien malgré tout !

C’était tellement délicieux d’entendre parler de la montagne « refuge des temps modernes », d’une montagne « bienveillante » qui offre « une déconnection garantie« … que j’avais l’impression de me replonger dans le chapitre « Buller à la montagne » de mon livre « L’art de vivre la montagne » (2011, Editions de la Martinière). Quelles révélations ! J’ai même eu envie de relire dans « La Nouvelle Héloïse » ce passage où Jean-Jacques Rousseau écrit, en 1761 : « Il me semble qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche les régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté… »

Mais que nenni, le bonheur nous égare… car aussitôt après nous étions rattrapés par la vraie préoccupation, celle qui fait employer « les mots qui fâchent » comme dirait Audiard. Un autre intervenant, le premier mais pas le dernier hélas, parlait de la montagne comme d’ « un produit« . Lequel, ajoutait-il « se vend bien » ! La montagne des chiffres et des lettres comme P.R.O.D.U.I.T, celle qui rapporte un chiffre d’affaires mirobolant chaque hiver… fascinait nos élus au point de se perdre dans des considérations pas très poétiques !
Alors soudain on passe au vert, on parle écologie, on émet l’idée d’œuvrer en « cordée », de lancer une réflexion collective pour réduire l’empreinte carbone de tout séjour au ski, … un déferlement de bons sentiments… jusqu’à la phrase qui tue et fait tomber les masques: « pour ne pas gâcher le produit qui nous fait vivre » lâche Jean-Pierre Rougeaux, Président de « Cîmes Durables »…Tout un programme en effet… qui ne vend pas que du rêve.

Bécassine à la montagne, dessin de Joseph Pinchon

Il fut un temps, me rappelait ma voisine journaliste, où l’on disait « Je pars à la montagne » et non « Je pars au ski« . Depuis quand « le ski » est-il devenu une destination ? Depuis sans doute que le ski est devenu une industrie florissante qui a transformé la montagne en « un produit ». Après avoir bétonné, user et abuser de la neige artificielle et d’un peu de tout… on nous parle de « tourisme responsable« , c’est bien !

Pour finir sur une note positive, l’Association « Petits Princes » par la voix émue de Dominique Bayle, sa cofondatrice, a remercié  » la montagne solidaire » d’avoir permis à un grand nombre d’enfants et d’adolescents gravement malades de réaliser leur rêve (www.petitsprinces.com) en partenariat avec des stations de montagne labellisées Famille Plus. De quoi sortir de cette conférence de presse avec le sourire malgré tout !

Planche de Nicole Lambert tirée de son album « Les Triplés à la montagne »

Renseignements: http://www.france-montagnes.com

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