PARTIR À LA MONTAGNE ET PAS AU SKI !

©MC. Hugonot

Avouez que c’est un peu curieux et très injuste tout de même que toute la montagne soit punie en raison de « clusters » dans certains départements…mais bon, on peut imaginer que cela soit dû simplement à des pratiques liées au ski qu’il faut éviter : files d’attente aux remonte-pentes, promiscuité sur les télésièges ou dans les télécabines …

Avouez qu’à force de parler d’elle comme d’un vulgaire « produit » (relire mon article sur le blog de novembre 2019 « A chacun sa montagne ! »), la nature se rebiffe, remet les pendules à l’heure ou plutôt, devrait-on dire, le clocher au milieu du village !

La crise sanitaire va générer une crise économique, c’est une certitude. Mais si elle provoquait aussi une crise de conscience, si la montagne cessait d’être perçue comme une vache à lait ? Si on cessait de l’assimiler été comme hiver au seul terrain de jeux de tous les sports possibles ? Si l’on voulait voir comme elle a souffert au fil des saisons d’être crucifiée par d’innombrables pylônes sur l’autel du profit ?

Hervé Gaymard, Président du Conseil départemental de la Savoie, a eu cette phrase formidable et tellement drôle en parlant des déclarations du gouvernement « Il est important d’avoir précisé que les stations sont bien ouvertes. Ce ne sont pas des « resorts », on ne peut pas les fermer. » (Le Figaro du 27 novembre 2020).

Voilà des années que je prêche pour le respect de la montagne, pour qu’on la découvre pour elle-même et son art de vivre… Ce qui manquera à cet art de vivre, à n’en pas douter, c’est malheureusement la chaleur de l’accueil de nos hôteliers montagnards, la convivialité des restaurants et des bars, de ces lieux qui, en montagne plus encore, génèrent une ambiance, une joie de vivre !
Certes, le virus et ses conséquences – des mesures gouvernementales dont on ne comprend pas toujours la logique ! – a été plus rapide que le réchauffement climatique pour intimer l’ordre aux communicants de changer de méthode pour parler de la montagne. Cet hiver, il va falloir quitter les discours convenus sur les kilomètres de pistes, les nouveaux équipements performants, les nouvelles pratiques aux noms barbares qui font grimper l’adrénaline et le nombre d’hospitalisations. Car voilà bien la cause de « la » punition ultime : les stations restent ouvertes mais « pas les remontées mécaniques ». Vous croyez quoi ? Que cela va empêcher les promeneurs et les raquetteurs de vivre à leur rythme la montagne ?

Mais non, la montagne est punie parce que depuis des années les professionnels savent que civisme et ski ne riment plus (l’alerte a été donnée sans résoudre le problème de la sécurité sur les pistes pour autant), que l’on « s’éclate » au sens propre et au sens figuré sur les pistes mais aussi que l’on explose les autres en les percutant… Et là, vlan, plus de place dans les hôpitaux de proximité pour accueillir ces fracassés de la montagne. Dans un article d’Annie Barbaccia paru récemment dans Le Figaro, on peut lire cette déclaration de Jean-Luc Boch, le président de l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) et de France Montagnes, l’organisme de promotion du secteur « Quant au risque de saturation des hôpitaux avec les accidents de ski, 94 % sont traités en station par les cabinets médicaux. Et nous sommes en outre en discussion avec les cliniques privées pour qu’elles se chargent de la traumatologie ». Ce qui vend du rêve…

Alors que va-t-on faire cet hiver si on ne peut plus pratiquer toutes formes de glisse, des plus classiques devenues « à risques » aux plus toquées ?
Profiter du bien être en montagne tout simplement ! Changer de vie, lâcher son portable et tout simplement lever le pied vraiment. Autrement dit, randonner ou marcher en raquettes, pratiquer le ski de fond dans le silence d’une nature qui ne vit pas au rythme des bruits métalliques des remontées mécaniques, regarder les arbres, les traces des animaux, respirer sans masque, vivre pleinement tout simplement cette montagne comme elle le mérite, la retrouver, la redécouvrir, s’en imprégner, se nourrir de ses charmes naturels.

J’écrivais en novembre dernier, au retour de la conférence de presse de France Montagnes qui m’avait particulièrement énervée : « Il fut un temps, me rappelait Annie, ma voisine journaliste, où l’on disait « Je pars à la montagne » et non « Je pars au ski ». Depuis quand « le ski » est-il une destination ? Depuis sans doute que le ski est devenu une industrie florissante qui a transformé la montagne en « un produit ». Après avoir bétonné, user et abuser de la neige artificielle et d’un peu de tout… on nous parle de « tourisme responsable », c’est bien ! »

A chaque chose malheur est bon, dit un vieil adage… Changer vos habitudes cet hiver mais rester fidèle à nos montagnes! C’est l’occasion ou jamais de fuir les usines à ski que sont devenues certaines stations pour privilégier les vrais villages qui n’ont pas défiguré la montagne, d’en découvrir le patrimoine, l’histoire, les petits musées et les traditions, l’artisanat et l’art, de goûter aux spécialités locales (certes, chez soi ou en location puisque peu d’hôtels ouvriront ! A Chamonix… 50 % quand même dont l’Albert 1er avec une offre particulièrement cocooning – L’hôtel ouvre avec une offre packagée, ½ pension en room service, pour 15 chambres seulement. Ça restera donc très confidentiel et les clients présents vont être chouchoutés…!), de prendre le temps de se ressourcer vraiment en famille, de retrouver le plaisir des batailles de boules de neige, du bonhomme de neige, de la luge (si neige il y a car pour l’instant aucune certitude…) et puis peut-être, aussi, de relire La Nouvelle Héloïse : « Il me semble, écrit Rousseau en 1761, qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche les régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté… »

Une réflexion sur “PARTIR À LA MONTAGNE ET PAS AU SKI !

  1. CHEVALLIER

    Merci pour cet article qui remet les choses a leur vraie place !!! Certes c’est une catastrophe économique pour les stations mais c’est aussi un coup de semonce contre cette folie du toujours plus vite toujours plus cher toujours plus connecté ! Alors espérons un nouvel équilibre en harmonie avec nos belles montagnes !

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