Emma Wibault, architecte d’intérieur à Chamonix. Un doux mélange scandinave et savoyard…

Un sourire rayonnant, une vraie blondeur qui en dit long sur sa double culture, Emma Wibault, issue d’une famille où l’on conjugue depuis trois générations la passion de l’art et celle de la montagne, s’est forgée un style original qui séduit en altitude mais fait merveille aussi en ville. Témoins ses divers chantiers qui la conduisent de Chamonix à Londres et ailleurs… En avant-première, elle nous parle d’un projet audacieux, celui de revisiter une « institution » chamoniarde, le chalet musée de son grand-père Marcel Wibault – l’Alpenrose – pour en faire une chambre d’hôtes au concept inédit.

Née dans une famille de grands sportifs et de peintres de montagne, qu’est-ce qui t’a amenée à choisir ce métier d’architecte d’intérieur ?

Depuis mon adolescence, j’ai toujours été attirée par les palettes de couleurs, le graphisme, les ambiances intérieures et aussi par tout ce qui touche à l’art. Avec un grand père – Marcel Wibault – qui concevait et peignait des abats-jours, des tableaux ou des fresques murales et sculptait des meubles, un père artiste lui aussi, Lionel Wibault (guide de haute montagne et peintre), des origines suédoises du côté de maman, j’ai certainement dû bénéficier d’un héritage artistique et d’une sensibilité pour le design scandinave!

Mais pour faire de cette passion mon métier, il m’a fallu aller plus loin et réfléchir à la manière dont je souhaitais l’exercer. Il était primordial pour moi d’allier le dessin, les outils informatiques, le travail sur le terrain et les rencontres humaines. A partir de là je me suis lancée dans un cursus de cinq années d’études pour sortir de l’Ecole Jean Cottin-Groupe Idrac à Lyon avec un master en architecture intérieure. Ensuite, j’ai enchaîné avec des stages en France et à l’étranger avant de revenir m’installer à Chamonix, ville et paysages de mon enfance que j’affectionne beaucoup et dans laquelle je puise une grande partie de mes sources d’inspirations.

Tu aimes dérouler une histoire à chaque projet. Comment procèdes-tu?

Lorsque j’ai réalisé par exemple le concept intérieur pour l’hôtel du Prieuré à Chamonix, j’ai imaginé un fil rouge autour de l’histoire des guides avec des rappels allant du lacet de leur chaussure que l’on retrouve sur les gardes corps de la façade à des empreintes de leurs mains qui constituent une sorte de « walk of fame » (promenade de la célébrité comme à Hollywood mais pour Chamonix!) dans la réception de l’hôtel. J’aime concevoir des lieux autour d’une histoire afin de leur donner un caractère plus personnel et ne pas créer des ambiances « gratuites ». C’est vrai pour un hôtel, un magasin mais aussi pour un chalet ou un appartement. A la montagne comme en ville. Il est important pour moi d’apporter de la magie, de l’humour et de la poésie aux intérieurs que je conçois.

Pour chaque chantier tu dessines du mobilier sur mesure. Certaines pièces multifonctions aussi esthétiques que pratiques devraient être éditées. C’est en projet?

Oui bien sûr mais le temps me manque encore et on ne peut pas tout réaliser, surtout si on veut le faire bien dans une démarche qui va au delà du côté commercial.

Pour l’instant je crée des pièces uniques pour mes clients en collaborant avec des artisans locaux dans une démarche écoresponsable. J’ai réalisé récemment des tables de jeux transformables pour un chalet familial, un porte-bagage vide poche pour un appartement locatif à la résidence la Cordée ou encore des papiers peints sur mesure. Ces créations personnalisées permettent aussi d’être plus fonctionnelles car elles s’adaptent parfaitement à chaque usage.

Tu collabores aussi avec des artisans et designers…Est-ce que tu conçois ta profession comme un travail d’équipe ?

Chaque création nait d’une réelle réflexion sur l’esthétisme mais surtout sur le besoin, la fonction, l’ergonomie. Après il faut savoir qu’un produit ne se conçoit pas juste en quelques coups de crayons. Il faut aussi les matières premières qui le subliment et correspondent au savoir-faire de l’artisan.

Lors de ma collaboration avec le designer savoyard Benoit Chabert par exemple, le produit – un porte-bagage vide-poches – devait répondre à la demande du client mais aussi à l’esthétique d’Altiligne, la marque du designer. Nous avons donc travaillé ce porte-bagage dans l’esprit de ses collections d’objets et de mobilier en aluminium laqué et en bois.

Lors d’une autre collaboration, avec un maroquinier (ancien de chez Hermès) cette fois nous nous sommes attelés à l’origine de la matière en faisant une sorte de « sourcing » qui respecte toute la chaîne de production. C’est quand même plus sympa de connaître le nom de la vache qui a permis la fabrication de vos poignées de meubles et de savoir qu’elle était en fin de vie donc qu’utiliser sa peau est juste une manière de lui donner une « seconde vie ». Tout cela pour dire que le design est un vrai travail d’équipe….et personnellement j’adore ça!

Tu étends ton activité en Haute-Savoie à d’autres horizons tels que la Grande-Bretagne, la Suisse ou la Scandinavie. Quel plaisir éprouves-tu à travailler dans des univers moins typés que la montagne ?

Parfois il faut savoir sortir de sa zone de confort et aller aussi au-delà de nos frontières. Lorsque l’on m’a contacté pour la première fois pour faire un travail à l’étranger, j’étais très enthousiaste mais c’était au fond un vrai challenge. Pour le projet de Londres, il m’a fallu communiquer en anglais avec des artisans que je ne connaissais pas, travailler avec de nouveaux matériaux, concevoir une architecture intérieure qui me corresponde, qui plaise à mes clients mais qui sorte également du cadre alpin où je les avais connus. Je suis absolument ravie de cette expérience et j’ai depuis accepté d’autres missions notamment en Scandinavie et en Suisse.

Si la langue n’était pas le problème pour moi, il a fallu trouver des solutions liées plus au timing et à la logistique. Mais j’apprends de chaque projet, j’aime qu’il s’instaure une sorte de complicité avec chaque nouveau client et quand je regarde en arrière, je suis tout simplement heureuse du trajet que nous avons parcouru ensemble et de ce qui est là devant nos yeux : le résultat d’une belle collaboration.

Depuis que tu exerces à Chamonix, de quelle manière ton métier a t-il évolué ?

Mon métier pour tout dire évolue jour après jour, en fonction des demandes (les clients font appel à mes services pour des raisons précises), des matériaux que je souhaite plus sains, plus vivants, plus authentiques mais aussi de l’esthétique que je ne regarde plus de la même manière. J’aimerais réussir à me rapprocher au niveau des intérieurs ce qui a été réalisé en architecture par Haussmann (en toute simplicité !!!). J’essaie de faire en sorte que mes réalisations perdurent dans le temps et ne correspondent pas simplement à une tendance passagère, à un courant décoratif. Les bâtiments haussmanniens étaient, à mon avis, déjà beaux à leur époque, le sont toujours aujourd’hui et le resteront encore dans le futur. Ce qui est rarissime.

Dans l’architecture intérieure, il y a aussi des créations époustouflantes mais encore trop souvent méconnues du grand public signées Charlotte Perriand, Eileen Gray ou Noé Duchaufour Lawrance. J’aime beaucoup par exemple le paravent Brick (Eileen Gray) ou la table Madonna Del Monte du designer Noé Duchaufour Lawrance.

Tables Madonna Del Monte en verre de Murano et aluminium du designer Noé Duchaufour Lawrance © Galerie Punta Conterie.

Quels sont tes projets ?

Après avoir travaillé pendant près de 13 ans au sein du bureau d’architecte Alain Mazza, avec depuis six ans, en parallèle, ma propre agence, il est temps d’ouvrir la porte à cette nouvelle aventure en solitaire. Je n’imagine pas révolutionner quoique ce soit. Je souhaite juste continuer à créer, à satisfaire mes clients et à honorer le métier d’architecte d’intérieur.

L’agence Emma Wibault va aussi créer des produits inspirés de l’œuvre du peintre Marcel Wibault , tel que du papier peint, mais j’ai surtout en projet de donner un nouveau visage à la maison atelier de cet artiste qui n’est autre que mon grand-père. Ce lieu de vie et de travail créé par lui et resté dans son jus était jusqu’à lors le chalet-musée Alpenrose à Chamonix et il se visitait. Je souhaite en faire une chambre d’hôtes atypique et je travaille autour d’un concept de « Nuitée dans l’atelier du peintre ». L’idée est d’exposer des oeuvres mais aussi de permettre aux personnes passionnées des peintures de l’artiste de vivre une expérience nouvelle en passant une nuit-là où vivait avec son épouse et peignait, dans ce chalet que Marcel Wibault a entièrement conçu à partir de 1943. L’idée est que les hôtes puissent s’inspirer du lieu, vivre dans le mobilier fabriqué par l’artiste, déjeuner avec la vaisselle de l’époque et pouvoir rencontrer et échanger avec nous, avec mon père, etc. Dans l’idéal, j’aimerais ouvrir la chambre d’hôtes pour l’été 2022 mais rien de sûr pour l’instant. Il faut faire les travaux, sécuriser et tout mettre en place…

Je crée par ailleurs un papier peint qui reprend les fleurs de montagne et un autre avec les soldats que peignait mon grand-père. Il y aura ainsi une collection féminine et une plus masculine. C’est une forme d’hommage à son travail qui permet aussi de rendre son œuvre plus accessible aux amateurs. J’utilise des photos qui sont ensuite mises en scène et imprimées sur des rouleaux de papiers peints. J’espère tout finaliser d’ici ce printemps mais c’est beaucoup de travail aussi!

L’Alpenrose dans son jus, tel qu’on pouvait le découvrir lorsque le musée était ouvert au public ©Emma Wibault
Image en 3D de la même pièce à vivre revisitée par Emma Wibault pour la future chambre d’hôtes ©Emma Wibault

Comment vis-tu la montagne ?

Pour moi c’est une sorte de retour aux sources. C’est important d’être plus proche de cet héritage artistique mais aussi de ce cadre magnifique dans lequel mes grands parents sont venus s’installer. La montagne imprègne tous mes projets mais aussi mon quotidien. J’ai ce besoin de me promener, de pratiquer des activités sportives et de m’inspirer des couleurs de la nature environnante en guise de palette pour mes projets. Pour reprendre une citation de Charlotte Perriand à propos de la montagne, ce cadre est pour moi « le baromètre de mon équilibre physique et mental ».

site d’Emma Wibault: https://www.emmawibault.com/

Emma, présente dans mes livres « Décoration chalet le style Savoie Mont-Blanc » (Editions Glénat, Tome 1 & 2) se raconte dans mon émission « La vie de chalet  » (sur Montagnetv) qui nous fait découvrir un de ses jolis projets privés dans la vallée de Chamonix : https://www.tvmaison.com/episodes/937-la-vie-de-chalet-emission-07

Concernant Marcel et Lionel Wibault, revoir le sujet de « La vie de chalet « : https://www.dailymotion.com/video/xxiytz pour découvrir l’Alpenrose mais aussi l’oeuvre et la personnalité de ces deux artistes.

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