L’année des trente ans de l’Auberge de la Maison à Entrèves, rencontre avec sa charmante hôtesse, parfaite ambassadrice de la Vallée d’Aoste qui veille jalousement sur ce patrimoine familial atypique.


Entrêves, que l’on découvre en sortant du tunnel du Mont-Blanc avant d’atteindre la célèbre et très chic station de Courmayeur en Italie, s’abrite au pied des montagnes les plus hautes d’Europe. Le dépaysement est immédiat dans ce hameau authentique avec ses étroites ruelles pavées, ses maisons de pierre si pittoresques avec leur toit de lauze surmontées d’étranges cheminées qui semblent échanger des secrets du passé. Merveilleuse porte d’entrée de cette Vallée d’Aoste qui cultive son autonomie et une identité forte, Entrèves est aussi l’écrin parfait pour l’Auberge de la Maison qui ouvre une parenthèse dans le temps et la referme en laissant des souvenirs impérissables.


Alessandra, vous êtes née ici, avez grandi à l’Auberge de la Maison. Quels souvenirs marquants gardez-vous de votre enfance à Entrèves ?
J’ai eu la chance de vivre une enfance sereine et profondément heureuse à Entrèves, dans ce village merveilleux, au pied du Mont Blanc. J’ai grandi dans la la nature, au rythme des saisons et j »ai toujours connu une certaine authenticité qui façonnait notre quotidien.
Mes souvenirs sont faits de choses simples mais précieuses : les odeurs de bois et de cheminée, la lumière sur les sommets au lever du jour, les hivers enneigés et les étés passés dehors, en liberté. Mais surtout, je me souviens de l’atmosphère de la Maison, de l’accueil, des échanges avec les hôtes, qui faisaient déjà partie de ma vie sans que je m’en rende compte.
C’est une enfance qui m’a profondément marquée et qui continue aujourd’hui d’inspirer ma manière de recevoir et de faire vivre l’Auberge : avec cœur, sincérité et sens du détail.
Vous êtes plutôt sportive ou contemplative ? Qu’est-ce qui vous lie le plus à cette région de la Vallée d’Aoste , l’environnement avec ses sommets mythiques, ses traditions…?
Je dirais que je suis avant tout contemplative. Ce qui me touche profondément ici, c’est la beauté presque sacrée des paysages : la présence du Mont Blanc, son énergie, la lumière qui change à chaque heure, le silence.
C’est une région qui invite naturellement à ralentir, à observer, à ressentir.
J’aime aussi la montagne dans son côté vivant et actif, mais c’est surtout ce lien intime avec la nature qui m’habite.
L’Auberge de la Maison reflète l’âme d’un collectionneur, celle de votre père, Léo Garin, mais aussi le goût de votre maman, Patrizia, pour la décoration et les meubles anciens traditionnels. La symbiose des deux en fait une adresse unique en son genre. A-t-il été difficile dans un lieu aussi marqué par leurs empruntes d’apporter votre touche personnelle ?

J’ai énormément appris de mes parents, et encore aujourd’hui je me confronte à eux dans mes réflexions, pour que chaque évolution reste fidèle à ce qui a été construit au fil des années. Il est essentiel pour moi de conserver un fil rouge, respectueux de leur héritage et de l’âme de la Maison. Apporter ma touche personnelle ne s’est donc pas fait en rupture, mais plutôt dans la continuité, avec beaucoup d’écoute et de sensibilité.
Ce qui a peut-être le plus évolué aujourd’hui, c’est la manière d’accueillir. Les clients recherchent de plus en plus une hospitalité sincère, faite de gestes authentiques et de personnes avec des sourires vrais.
Mon rôle est de transmettre cette philosophie à notre équipe, à cette grande famille qu’est l’Auberge, afin que chacun incarne cette identité avec naturel, cœur et générosité.




Vous avez imaginé un nouveau salon, le Petit Abri, la Maison de l’eau (Spa, piscines et soins) et une suite panoramique… L’Auberge de la Maison évolue avec son temps pour répondre aux critères d’un 5 étoiles sans pour autant perdre son identité forte. Quels sont vos projets ?
Mes projets s’inscrivent dans une évolution respectueuse de la tradition. J’aime l’idée d’une tradition en mouvement, vivante, qui continue de se transformer sans jamais perdre son âme.
Il y a encore beaucoup de choses que j’ai en tête, des projets que je garde pour l’instant en moi, comme des graines à faire mûrir et j’espère pouvoir les partager très bientôt.



À quel moment avez-vous fait le choix de rester ici et pourquoi ? Comment s’est passée la transition entre vos parents et vous ?
Le choix de rester ici s’est imposé assez naturellement, à un moment de ma vie où j’ai ressenti que c’était l’endroit juste pour cultiver mes passions et donner du sens à mon parcours.
C’est une décision venue du cœur, profondément liée à mes racines. J’ai grandi dans cette maison et j’ai eu envie de poursuivre une histoire commencée par mes grands-parents, puis portée avec beaucoup de travail et de sacrifices par mes parents.
La transition s’est faite avec beaucoup de respect et de confiance. Ils m’ont transmis bien plus qu’un lieu : une vision, des valeurs, une manière d’accueillir. Petit à petit, j’ai trouvé ma place, en apportant ma sensibilité et mon regard, tout en restant fidèle à l’âme de la maison.
Pouvez-vous nous parler de l’ancrage très fort de l’Auberge de la Maison dans la Vallée d’Aoste par rapport au recrutement du personnel, à son costume typique, sa culture, etc. Quelles valeurs valdôtaines retrouve-t-on illustrées par cet établissement au luxe feutré ?
Nous cherchons toujours à valoriser l’âme valdôtaine, que ce soit dans le choix des produits, dans les uniformes ou encore dans notre manière de communiquer. Nous nous considérons comme les premiers ambassadeurs de notre territoire, et c’est pour nous une responsabilité de montrer le meilleur de notre région dans chacune de nos décisions et de nos actions. Cela commence avant tout par les personnes qui travaillent avec nous, qui représentent notre plus grande richesse. Pour nous, le luxe est fait d’attentions, d’écoute et d’un confort authentique.
C’est un luxe discret, jamais ostentatoire, profondément ancré dans la sincérité et dans le respect de nos racines.


Cultiver le raffinement et les petites attentions dans les moindres détails semble vous tenir à cœur et faire partie intégrante de votre sens de l’hospitalité. S’agit-il d’un héritage familial ? Donnez-nous quelques exemples qui ont pour vous une réelle importance.
Je pense qu’il s’agit d’un héritage familial. J’ai grandi dans une maison où chaque détail comptait, où l’on m’a appris que ce sont souvent les petites attentions, presque invisibles, qui font toute la différence dans l’expérience d’un hôte. C’est une forme de sensibilité qui m’a été transmise naturellement, en observant. Pour moi, cela peut être un geste très simple mais sincère : se souvenir des habitudes d’un client, anticiper un besoin sans qu’il soit exprimé, choisir avec soin un parfum, une lumière, une musique, ou encore personnaliser un accueil pour une occasion spéciale.

À votre initiative a été créée une ravissante boutique cadeaux « La Maison des souvenirs » attenante à l’Auberge de la Maison qui propose une sélection originale. Comment vous est venue l’idée et racontez-nous pourquoi vous avez choisi à la fois de mettre en avant des créateurs et de faire aussi fabriquer des cadeaux personnalisés ?
La création d’une petite boutique de souvenirs a toujours été un désir très personnel. J’ai toujours aimé rapporter de mes voyages un objet, un détail, quelque chose qui me relie à l’expérience vécue. Alors, je trouve très beau que nos hôtes puissent, eux aussi, emporter avec eux un peu de l’Auberge, comme un souvenir tangible de leur séjour. C’est dans cet esprit que nous avons imaginé une sélection d’objets qui nous ressemblent : nos bougies aux fragrances de la maison, des parfums d’ambiance, des produits de beauté créés spécialement pour nous à base d’herbes de montagne. Nous avons également développé notre foulard, ainsi que notre tissu Toile de Jouy, avec lequel nous réalisons de petites trousses et des objets textiles. Cette boutique des souvenirs est un peu mon jardin secret, un espace de liberté où j’aime imaginer de nouveaux parcours créatifs, toujours en lien avec l’âme et l’univers de l’Auberge.



Comment voyez-vous l’évolution de votre métier ? Qu’est-ce qui pour vous reste non négociable aujourd’hui encore ?
Je vois mon métier en constante évolution, porté par des attentes qui changent, des clients toujours plus sensibles à l’authenticité, au sens, à l’expérience globale plutôt qu’au simple service. Aujourd’hui, l’hospitalité ne se limite plus à offrir un beau lieu et un bon confort : il s’agit de créer une émotion, un souvenir, une relation. Ce qui reste pour moi non négociable, en revanche, c’est l’authenticité. La qualité de l’accueil, la sincérité des gestes, le respect des personnes, qu’il s’agisse de nos hôtes ou de notre équipe. Rester fidèle à qui nous sommes, à nos valeurs, sans céder à une standardisation de l’hospitalité : c’est cela, pour moi, l’essentiel.

Quel est votre endroit préféré dans l’Auberge de la Maison et pourquoi ?
En été, au moment du coucher du soleil, j’aime m’asseoir au fond du jardin et observer l’Auberge. Les premières lumières qui s’allument, les hôtes qui dînent heureux en terrasse ou qui prennent un apéritif. La lumière derrière le Mont Blanc s’adoucit peu à peu, et l’on ressent toute l’énergie que la montagne dégage. C’est un moment suspendu, qui m’émeut profondément à chaque fois. En hiver, j’aime particulièrement le chalet* (*authentique mazot d’alpage qui a été remonté ici) de notre lobby : un lieu intime, chaleureux, où je me sens profondément chez moi.


Dans la Vallée d’Aoste, vous avez un patrimoine d’une grande richesse. Pour quel lieu ressentez-vous le plus grand attachement et pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?
S’il y a peut-être un lieu pour lequel je ressens un attachement tout particulier, c’est le Val Veny, avec le lac du Miage et cette vue spectaculaire sur les Pyramides Calcaires. Il y a là une force presque primitive, un paysage à la fois sauvage et émouvant, qui invite au silence et à la contemplation. Dans le même temps, j’aime aussi le Val Ferret, pour son côté ouvert, lumineux, presque plus doux. C’est un lieu où l’on respire, où l’on se sent libre, enveloppé par une nature généreuse.
Quelle décoration de montagne vous privilégiez pour votre propre maison ? Est-ce que vous gardez l’esprit de l’Auberge où optez pour plus contemporain pour changer de cadre de vie ?
Pour ma maison personnelle, je reste fidèle à un style classique, lié à l’esprit de l’Auberge, car c’est une esthétique qui me correspond naturellement. J’aime les matières chaudes, les objets choisis avec soin, une certaine idée de confort et d’harmonie. Mais je privilégie des tonalités plus claires, plus lumineuses et apaisantes, qui apportent une sensation de légèreté et de sérénité.
Quel est votre plus beau souvenir en montagne ?
J’ai un souvenir très précieux d’une promenade au lac Combal, à la fin du printemps. Les journées étaient déjà très longues, il y avait encore peu de monde, et la nature semblait presque m’appartenir. À un moment donné, je suis tombée sur un grand groupe de cerfs qui venaient s’abreuver près du lac. J’ai pu les observer de très près, dans un silence presque irréel, seule avec eux, comme suspendue hors du temps. C’était un instant de grâce, simple et puissant à la fois, qui m’a profondément marquée et qui résume pour moi toute la beauté et la magie de la montagne.

De quelle manière allez-vous fêter les trente ans de l’Auberge de la Maison ?
Nous avons en réalité déjà commencé à célébrer cet anniversaire, notamment avec la grande émotion de recevoir, le mois dernier, la distinction de Chevalier de l’Autonomie de la Vallée d’Aoste remise à mon père, Léo Garin.
Nous avons aujourd’hui de nombreuses idées et projets en cours. Parmi eux, la création d’un foulard commémoratif, pensé comme un hommage à la Vallée d’Aoste, cette région qui nous a permis de nous exprimer et de travailler dans un lieu véritablement magnifique. Ces trente ans seront placés sous le signe de la reconnaissance : envers notre équipe, qui est au cœur de tout, et envers ce territoire qui nous a tant offert.
Ce sera pour nous un moment important, presque intime, pour essayer, à notre manière, de redonner un peu de ce que nous avons reçu, à travers différentes initiatives encore en train de prendre forme.

Auberge de La Maison
Via Passerin d’Entrèves, 16 A
11013 Courmayeur (AO) www.aubergemaison.it La gastronomie valdôtaine se découvre et se déguste au restaurant de l’Auberge de la Maison mais aussi au Cadran Solaire, restaurant situé au centre de Courmayeur (autre adresse familiale des Garin). https://www.cadransolaire.it/fr/
Papier, située via Roma 128 à Courmayeur est la jolie boutique de décoration de Patrizia Garin. http://www.papiercourmayeur.com

Vallée d’Aoste Tourisme: https://www.lovevda.it/fr
Mini Guide (le plus récent en français) « Vallée d’Aoste » (éditions Petit futé, carnet de voyage). Facile à glisser dans sa poche, il reste très minimaliste pour une région aussi riche mais pratique. L’Auberge de la Maison se trouve à proximité d’un exceptionnel sanctuaire votif, la chapelle Notre Dame de la Guérison (XVIIIème-XIXème siècles) située à l’entrée du val Veny. Une petite merveille avec ses incroyables ex-votos du sol au plafond et de très beaux tableaux. Un grand moment d’émotion à essayer de vivre sans touristes !


Récemment paru, le N°111 de la passionnante revue l’Alpe (éditions Glénat/Musée Dauphinois) est consacré à la plus petite région d’Italie, la Vallée d’Aoste. Évocation de son histoire, de son identité forte à travers quelques exemples bien choisis et toujours savamment illustrés. Plusieurs sujets donnent envie d’ explorer d’autres pistes patrimoniales car il en reste encore beaucoup à découvrir dans un territoire aussi riche en vestiges romains, châteaux médiévaux ou sources thermales… ceint de paysages magnifiques. À suivre…

Entrèves, dont le nom signifie « entre les eaux« , paradis des marcheurs, se trouve à la confluence du val Veny et du val Ferret. Au départ d’Entrèves, l’ascension avec le Skyway Monte Bianco est une expérience à vivre. Ce téléphérique aux cabines rotatives à 360° vous transporte de 1 300 mètres jusqu’à la station de la pointe Helbronner, à 3 466 mètres d’altitude. La station intermédiaire du Pavillon (2 200 m) abrite un jardin botanique alpin. https://www.montebianco.com/fr Le voyage offrant des vues spectaculaires sur les sommets peut se poursuivre avec le télécabine Panoramic Mont-Blanc au dessus des glaciers, jusqu’au sommet de l’Aiguille du midi qui culmine à 3842m. https://www.montblancnaturalresort.com/fr
