REVUE DE PRESSE AUTOMNALE, DEUXIÈME ÉPISODE : SAUVE QUI PEUT LA CULTURE!

Voici une deuxième sélection des bonnes nouvelles à diffuser largement… Comme il devient saugrenu de faire des plans sur la comète culture puisque les musées et galeries ont fermé leurs portes, que les annulations des spectacles se multiplient… restent les livres qui  proposent un merveilleux voyage immobile au fil de pages où nul n’a besoin d’avancer masqué… et quelques projets réjouissants qui se profilent à l’horizon de la fin de l’année.

  • Histoires d’ours, séance de rattrapage… à La librairie des Alpes, haut lieu parisien des amoureux de montagne  

Jean-Louis Vuibert Guigué, l’heureux propriétaire de la librairie des Alpes, vient d’inaugurer (avant le confinement) une exposition intitulée « Ours » tout simplement. Délicieux mélange de dessins de la jeune artiste Manon Runel et de photos anonymes très drôles achetées par Lucile Buès, collaboratrice de la librairie et très fan d’images vintage. D’après elle : « Cette pratique se développe généralement en Suisse et en Allemagne entre les années 30 et 50. Le point de départ de cette mode est l’adulation par la population Berlinoise et les touristes de l’ours blanc du parc zoologique ». Mais l’engouement est tel qu’il se répand aussi en France comme en témoigne la photo prise à l’Alpe d’Huez, retrouvée récemment dans mes archives familiales !

Comme il n’est pas facile de se faire photographier avec cet animal réputé peu sociable… on imagine des personnages déguisés en ours, plus vrais que nature, qui enchantent littéralement les touristes de tous âges. L’ours concurrence le Père Noël… A propos de Père Noël, sans attendre les derniers jours de décembre et les surprises que nous réserve l’avenir en matière de liberté plus ou moins surveillée, pourquoi ne pas prendre de l’avance en soutenant cette fois le petit commerce que l’on aime ? La librairie des Alpes, confinement oblige, développe le click & collect mais espère pouvoir ouvrir prochainement. Enfin…ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! (6 rue de Seine, 75006 Paris, 01 43 26 90 11/ http://www.librairiedesalpes.com)

  • « Gainsbourg rue de Verneuil. Histoire d’une photo mythique » de Xavier Martin aux éditions Hervé Chopin (64 pages, 26x21m, 14,50€)
Couverture du livre de Xavier Martin © Xavier Martin

Quel rapport avec la montagne me direz-vous ? J’ai trouvé ! Voici quelques années, en vacances à l’hôtel la Verniaz à Evian, j’ai eu la surprise soudain de voir Birkin et Gainsbourg franchir le portail de cette institution centenaire, refuge discret au dessus du Léman. Gainsbourg impeccable, contrairement à la légende… Xavier Martin le remarque aussi lorsqu’il raconte en détails l’histoire de cette photo mythique en parlant notamment de ce « négligé soigné » qu’il cultivait en public et de cette propreté très surprenante qui confine à la maniaquerie dans sa tenue vestimentaire comme dans sa maison. Le livre est un bel objet, soigné, entièrement en noir et blanc, avec un format à l’italienne qui valorise ce reportage incroyable, fait en septembre 1980, rue de Verneuil, dont est extraite l’image de couverture. Laquelle a connu un succès foudroyant chez Yellow Corner et a été publié par Paris Match bien sûr. Cette séance photo mémorable illustre dans son ensemble le livre, avec aussi bien les planches contact que des tirages pleines pages des images sélectionnées par Xavier. Avec ce doux mélange d’empathie et de curiosité spontanées, de naturel et d’humour désarmants, Xavier Martin excelle dans l’art difficile du portrait parce qu’il sait mettre en confiance et briser la glace. Une décontraction apparente qui s’accompagne chez lui d’une concentration maximale pour réussir l’image parfaite. Le making of de cette photo, comme de toutes celles qui racontent des moments d’exception, est passionnant.

Greta Garbo avec Cécile de Rothschild sur les chemins de montagne à Klosters, juillet 1980.©Xavier Martin

Retour à la montagne…et bonus pour le blog! Xavier m’envoie cette photo prise deux mois avant d’aller chez Gainsbourg. Il a réussi à surprendre Greta Garbo en ballade avec son amie Cécile de Rothschild sur les chemins de montagne à Klosters, dans le canton des Grisons en Suisse. (www.xaviermartin.com)

  • L’art s’encadre à Lausanne
Affiche réalisée à partir de la gouache sur carton de Joseph Wittlich

Sarah Lombardi, directrice du musée de l’Art brut à Lausanne, a donné carte blanche à Michel Thévoz, directeur de la Collection de l’Art Brut de 1976 à 2001, pour assurer le commissariat d’une exposition temporaire « l’art Brut s’encadre » qui aura lieu du 11 décembre 2020 au 25 avril 2021. Cette exposition aborde l’Art Brut par un biais inattendu et propose « une réflexion sur une des normes transcendantales de notre culture » : le cadre. Michel Thévoz qui publie aux éditions de Minuit « Pathologie du cadre. Quand l’art brut s’éclate » explique : « La notion de limite orthogonale vole en éclats dans la plupart des cas. Certains auteurs font façon de supports inattendus comme des éléments de récupération, des pages déchirées, des morceaux de carton, des mouchoirs ou des serviettes en tissu. D’autres paraissent ignorer toute limite et potentialiser l’espace entier comme surface d’inscription. Ne pas respecter les cadres qui leur sont imposés, c’est résister à l’enculturation ; et c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’Art Brut. » L’exposition réunit des œuvres d’une quarantaine d’artistes appartenant exclusivement au fonds très riche de ce musée exceptionnel. (www.artbrut.ch)

Giovanni Battista Podestà, tableau-relief décoré et coloré.
  • « Willy Ronis, de Paris à Megève », du 11 décembre 2020 au 31 mars 2021, dans l’Espace culturel du Palais des Sports. Pour Willy Ronis (1910-2009), comme pour la plupart de ses comparses de grand talent, « La photographie c’est l’émotion ». Tour à tour reporter, photographe industriel ou illustrateur, il figure parmi les grands noms de la photographie française du XXe siècle aux côtés de Brassaï, Henri Cartier- Bresson, Robert Doisneau, Jacques-Henri Lartigue ou encore Marc Riboud pour ne citer qu’eux.
©Willy Ronis

Une section entière de l’exposition rétrospective de Megève, coproduite par le Jeu de Paume et la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, sera consacrée aux Alpes et notamment à Megève où Willy Ronis aimait à venir skier et où il réalisa, dans les années 1930, deux campagnes photographiques, l’une pour l’école de ski d’André Ledoux, l’autre à la demande de la revue Air France. N’oublions pas que ce dernier grand représentant de la photo humaniste, connu pour être un homme engagé, publia aussi « la Montagne de Willy Ronis » (Editions Terre Bleue) en 2006. La présentation de ce bel album nous éclaire sur un aspect méconnu du personnage :  » Willy Ronis, photographe de montagne ? (…) Willy Ronis avait un jardin secret. Un jardin secret qui s’étend des Alpes aux Vosges, via le Jura, en poussant des pointes jusqu’aux Cévennes, via la Provence. Ce citadin se révèle ici amoureux des grands espaces et de la nature en nous offrant les photos, pour la plupart inédites, qu’il a prises au cours de ses innombrables expéditions en montagne, sa passion. Loin des villes et des usines qu’il a su magnifier comme personne, son talent s’y exprime tout aussi puissamment. La Montagne de Willy Ronis est une révélation : sous les pavés, les alpages. »

Willy Ronis revient sur le contexte dans lequel a été prise la photo de couverture : « (…) De plus, j’avais fait la connaissance d’un garçon de mon âge, André Ledoux, qui avait fondé une école de ski et une agence de vacances sportives dans la neige. Cette photographie représente deux de ses moniteurs. Elle a été faite le 23 février 1938. J’ai retrouvé la coupure du quotidien le Jour-Écho de Paris du 27 décembre 1938 où elle parut, au format 19 x 24, pour informer les lecteurs de l’Exposition internationale de photographies de neige présentée rue Lafayette au Grand atelier, galerie appartenant au magasin et importateur-photo Tiranty, disparu depuis. Le négatif 6 x 6 a été perdu peu après, par un éditeur (mésaventure qui m’arriva plusieurs fois par la suite). Par bonheur, il me restait un bon tirage, à partir duquel je pus après la guerre réaliser un bon contretype 6 x 9. C’est d’après ce nouveau négatif que cette photographie a été tirée. Une photographie bis de celle-ci, faite dans la même séance, mais avec un seul skieur, avait été éditée en affiche pour la direction du Tourisme, avant la guerre, sous le titre Neige de France« . (Le Palais, 247 route du Palais des Sports 74120 Megève/ megeve.com)

Au mont d’Arbois, au-dessus de Megève, 1938©Willy Ronis

  • Le peintre aux 100 Mont-Blanc, Lionel Wibault, publie « Mon Blanc ». Cécile Gruffat qui le connaît depuis toujours dresse un portrait parfait de cet homme aux facettes multiples et en même temps si complémentaires : « Guide de haute montagne et artiste peintre, le Chamoniard Lionel Wibault manie aussi bien le piolet que le pinceau. Fils du peintre Marcel Wibault (1904-1998), dont la cote des tableaux de montagne atteint aujourd’hui des sommets, Lionel a grandi dans la vallée de Chamonix, bercé dans une ambiance d’amour de la peinture et de la montagne. Membre de la Compagnie des Guides de Chamonix depuis 1971, il parcourt principalement le massif du Mont-Blanc et les Alpes suisses et a gravi près de 2500 sommets… Se mesurer à la montagne, c’est toute son histoire et sa vie. Il retire de ces face-à-face une expérience impressionnante qu’il va retranscrire dans ses tableaux. Si le guide a largement atteint les objectifs qu’il s’était fixés, le peintre s’est lancé il y a une trentaine d’années un défi de la taille d’une montagne : peindre 100 tableaux différents du mont Blanc ! »

A l’heure actuelle, il comptabilise en tant que guide le chiffre impressionnant de 83 ascensions du Mont-Blanc et déclare en riant « j’ai gravi ce massif de manière indécente ! ». Toujours aussi passionné par ce défi personnel, Lionel Wibault (joint par téléphone) réalise son 83e tableau du Mont-Blanc (un hasard car il ne fait pas un tableau par ascension !). Pour publier les 50 premiers, il a trouvé un éditeur proche de chez lui à Chamonix, les jeunes Editions du Pas de Chèvre à Chamonix et pour auteur Joëlle Dartigue-Paccalet qui avait signé le livre sur son père Marcel Wibault (130 pages, grand format, 59 euros).

Le Tome 1 sort cet automne. Le Tome 2 est prévu pour 2024 ! Pour ne pas se lasser lui-même de son sujet « auto imposé », Lionel Wibault opte pour la liberté de style et multiplie les angles d’approches comme dans ses ascensions, passant « d’interprétations turneriennes » où le déchainement des éléments l’inspire… à une des visions plus proches de l’art contemporain, restant toutefois figuratives. Cette aventure unique qui réinvente le principe de la série en peinture (à la puissance 100, du jamais vu !) va surprendre à chaque page. Décliner un même sujet sur autant d’années et de tableaux, relève d’un exercice périlleux que seul un grand sportif animé d’une passion véritable peut réussir. Anecdotes et témoignages d’amis ou de clients de courses en montagne apportent un autre éclairage sur les œuvres présentées et leur auteur. Nous attendons avec impatience une exposition qui réunira ses cent oeuvres du Mont-Blanc! (www.wibault.fr)

  • Chamonix toujours… avec l’exposition Corinne Jouin au Hameau Albert 1er. (du 3 décembre 2020 au 19 avril 2021). A tous les charmes de ce divin Relais & Châteaux 5* s’ajoute celui d’entretenir depuis fort longtemps déjà des rapports privilégiés avec les artistes. Au rythme de deux expositions par an, la famille Carrier, avec une grande générosité, prête ses murs à des peintres, dessinateurs, photographes pour des manifestations toujours très qualitatives. Il existe même au sein de l’Albert 1er un Couloir des Artistes au sein du bâtiment de la Maison Carrier.
Papier découpé de Corinne Jouin
  • C’est précisément là que Corinne Jouin exposera cet hiver une vingtaine de découpages traditionnels sur papier en noir et blanc et en couleur. Après Sophie Crawford qui a présenté ses œuvres à l’Albert Ier en 2004, c’est donc la seconde fois que les Carrier prêtent leurs cimaises à cet art populaire qui a pour berceau la Suisse voisine.
    Graphiste publicitaire de formation, Corinne Jouin s’installe dans la vallée de Chamonix en 1991 et devient accompagnatrice en montagne. Elle intègre la célèbre Compagnie des Guides de Chamonix, s’intéresse à la vie locale avec ses histoires et traditions. Au hasard de ses randonnées, elle découvre et s’enthousiasme pour le papier découpé auquel l’initie Sophie Crawford précisément, artiste installée à Thonon les Bains. Pour Corinne, c’est le parfait compromis entre ses deux passions – montagne et découpage – qui se complètent et se nourrissent mutuellement. Ses clients (américains notamment) qu’elle emmène randonner lui commandent des découpages inspirés de leurs expériences partagées et des paysages parcourus. Si actuellement elle utilise le scalpel, elle envisage de participer à un stage à Gstaad pour apprendre la traditionnelle découpe du papier avec des ciseaux, pratique courante en Suisse dans cette région de l’Oberland bernois et très répandue aussi dans l’authentique et sublime Pays-d’Enhaut, son proche voisin du canton de Vaud, (www.chateau-doex.ch)
  • (www.hameaualbert.fr) & la page facebook de Corinne Jouin : les Découpages des Moulins.
Découpage de Corinne Jouin ©Corinne Jouin

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