Vanessa Royant, passion verre

Vanessa Royant© François Golfier

Bretonne, savoyarde d’adoption et grande voyageuse, Vanessa va à l’essentiel dans son questionnement personnel comme dans ses réponses à mon interview. Elle ne cultive pas le sens de la formule, sa détermination se lit dans ses yeux mais aussi dans le choix des mots. Ses propos sonnent vrai comme le tintement du cristal et viennent du cœur lorsqu’elle évoque son métier de… souffleuse de verre.

Sphère de Vanessa Royant© François Golfier

Qu’est ce qui t’a fait choisir ce métier? Tu as grandi dans un environnement créatif ?

Ma scolarité à l’école Steiner me convenait très bien parce qu’elle favorise l’épanouissement personnel plus qu’un enseignement classique. J’ai éprouvé un déclic pour le verre à l’âge de sept ans dans l’atelier de verriers. Je ne peux pas parler vraiment de passion à l’époque mais c’est quelque chose qui me porte depuis et qui ne m’a jamais quittée. J’ai commencé à travailler le verre à quatorze ans en découvrant le métier de souffleur de verre lors de mon premier apprentissage à Troyes pratiqué en alternance avec le Cerfav (Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers). J’ai enchaîné le CAP de décorateur sur verre puis celui de souffleur de verre. Je pourrais raconter des histoires autour de tout ça mais au fond de moi, ces liens avec le verre me dépassent. C’est mon matériau, voilà tout ! J’ai aussi un regard sur d’autres, j’apprécie la terre, le métal, le tissu, le bois… j’y suis sensible mais celui qui me fait vraiment vibrer, c’est le verre.

Est-ce que cela tient à la magie perceptible dans le travail de ce matériau, au fait de voir se transformer cette matière liquide en fusion en matière solide ?

Alors non parce que cet aspect là passe au second plan, Peut-être pas pour le spectateur mais pour l’artisan, oui. Cette magie disparait relativement vite lorsque l’on commence à travailler le matériau parce que c’est hyper contraignant, il faut aller vite, il y a des paramètres que l’on n’apprend pas à l’école et que tu découvres dans la pratique. C’est une matière que l’on peut travailler avec des outils qui ne sont pas visibles tels que la gravité, la chaleur, la rotation… tellement complexes. La montagne aussi c’est magique vue de l’extérieur mais c’est la même chose, quand tu y vis, qu’il fait moins quinze, que tu dois déblayer des mètres de neige…La pratique change l’image que tu peux en avoir de l’extérieur. Quand tu es dans le vif du sujet, c’est différent !

Sphère de Vanessa Royant© François Golfier

Dans ton parcours, il y a eu plusieurs épisodes, des expériences diverses avec pendant des années un travail du verre quotidien. Cela t’a permis aujourd’hui de prendre le recul nécessaire à la réflexion pour « aller à l’essentiel ». Qu’est-ce que tu entends par là ?

Depuis toujours, ce qui m’attire et pas seulement en travaillant le verre, c’est l’espace entre les choses qui pour certains s’apparente à du vide mais qui pour moi ne l’est pas, c’est comme un rythme rempli de sensations, d’émotions qui ne sont pas visibles à l’œil nu mais que je ressens. Quand tu écoutes un concert, lorsqu’il y a un temps off sans musique et bien ce qui est perçu comme un silence est pour moi caisse de résonance des notes. Lorsque tu arrêtes de respirer après avoir soufflé et bien à cet instant là où il n’y a plus d’action, c’est pareil. Mon travail avec le filigrané c’est ça. J’essaie d’apprendre à reconnaître, à trouver un équilibre entre les formes, entre le noir et le blanc, entre le verre blanc dans lequel je tire des fils et le verre transparent…

Il y a des gens qui t’ont particulièrement influencée ?

Au début, beaucoup de gens m’ont influencée et j’avais du mal à sortir de ces « modèles », à me détacher de ce bagage. Les sept ans passés dans des ateliers des pays scandinaves, que ce soit au Danemark ou en Norvège, m’ont profondément marquée. Il faut prendre le temps de faire son bout de chemin. Maintenant c’est le passé et pour moi aujourd’hui le plus grand maître c’est la vie, tout simplement. Ce qui ne signifie pas que je dénigre ou que je ne sois pas inspirée par d’autres encore…J’aime, par exemple, venir travailler avec Jérémy Maxwell dans son atelier parisien. On se connait depuis très longtemps.

Quelles sont les qualités requises pour être souffleur de verre ?

Par-dessus tout, la volonté qui me paraît essentielle !

Tu as choisi de créer des pièces purement décoratives, plus proches de l’objet d’art, plutôt que des pièces utilitaires ?

Oui absolument. Je travaille presque exclusivement des pièces uniques même s’il m’est arrivée pour un établissement de luxe en montagne de concevoir des pièces utilitaires – assiettes de présentation, beurrier, etc… mais chaque objet reste unique. C’est l’intérêt du projet qui prime.

Back to black de Vanessa Royant© François Golfier

Est-ce que tu dessines avant de te confronter à la matière?

Pas toujours. J’ai une idée en tête mais je ne la pose pas forcément sur le papier. Dessiner c’est déjà être dans la matière et lorsque je suis en train de travailler le verre, je me rends bien compte que c’est encore différent.

Je préfère en général essayer de concrétiser mon idée directement avec le verre. C’est aussi plus spontané plus libre comme démarche.

Tu considères ton travail comme étant plus proche de l’artisanat d’art que de l’art ?

J’ai beaucoup de mal à me définir. Parfois je me considère plus artiste, parfois pas du tout et je me sens plus artisan. Et parfois ce n’est pas ça non plus ! En fait ce que je suis c’est souffleuse de verre. Je me soucie peu des étiquettes en fait ! Mais c’est curieux parce que ce nom n’évoque qu’une partie de notre travail, le fait de souffler à l’extrémité de la canne et pas les autres paramètres qui sont hyper importants et complexes comme le fait de cueillir le verre au bout d’un ferret, de savoir maîtriser cette masse de verre. Après tout je me dis que le nom vient peut-être de cette action de souffler qui est unique parmi tous ces métiers où l’on crée avec nos mains.

As-tu des projets d’expositions ?

À Evian, je vais participer à une exposition collective consacrée à l’art du verre contemporain à la Maison Gribaldi, du 22 mai au 3 octobre 2021.  Ensuite, je dois faire une exposition personnelle au musée de la Céramique à Ancy-le-Franc en Bourgogne, du 3 juillet au 8 août 2021.

Kosen de Vanessa Royant© François Golfier

Vanessa Royant https://vanessaroyant.fr – Mail: contact@vanessaroyant.com – Tel: 06 23 57 28 44

« Art du verre contemporain. Autour de la collection Denise et Marcel Heider » Du 21 mai au 3 octobre 2021. Maison Gribaldi, 2 Rue du Port, 74500 Évian. Tel: 04 50 83 15 94  Une exposition consacrée à la création contemporaine en verre. Elle s’inscrit dans un contexte inédit, celui du don de la collection Denise et Marcel Heider à la Ville d’Evian, dont une sélection sera présentée pour la première fois ainsi que d’autres œuvres d’artistes dont les noms, pour la plupart, figurent dans la collection Heider. Plus de 200 œuvres au total. (sujet à venir sur ce blog).

Musée de la Faïencerie, 18 Place Clermont-Tonnerre, 89160 Ancy-le-Franc. Tel: 03 86 55 93 18. Une salle annexe au musée accueille les expositions temporaires d’œuvres d’artistes contemporains.

Sphère de Vanessa Royant© François Golfier

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