Suite du feuilleton du bicentenaire de la Compagnie des Guides de Chamonix : quatrième épisode. Deux expositions à voir absolument cet été

Il s’agit tout d’abord de Pascal Amblard dont les étonnants « Visages d’altitude » enchantent à la galerie Loïc Lucas et puis, dans un registre plus attendu mais intéressant aussi « La Compagnie des Guides de Chamonix, une histoire d’adaptation » à la Maison de la Mémoire et du Patrimoine Janny Couttet.

Affiche sur laquelle figure le portrait recadré d’Armand Charlet (1900-1975) » L’Aiguille verte fût la passion d’Armand Charlet, 100 fois au sommet par 14 itinéraires différents dont 7 premières. Il ressemble à cette montagne exigeante et élégante. Son visage exprime aussi la rigueur et l’énergie(…) » Pascal Amblard.

À la galerie Loïc Lucas située en plein centre de Chamonix, le peintre et décorateur Pascal Amblard rend hommage à la Compagnie des guides de Chamonix dans une série de portraits à la fois touchants et impressionnants, remarquablement exécutés en technique mixte (dessin, feutre, gouache, acrylique, aquarelle, encre) sur du carton recyclé d’après leur photographie ou des documents d’archives (gravures ou dessins). Il les représente fidèlement mais les met en scène librement sur fond de sommets liés à leur carrière ou à leur vie pour diverses raisons. Ce travail, fruit de nombreuses recherches débouche aussi sur la publication d’un très beau livre « Visages d’Altitude » (imprimé par l’Atelier Esope Chamonix). Il réunit les cinquante-deux œuvres créées pour cette exposition et chaque dessin s’accompagne d’un texte pertinent et bien écrit qui révèle l’admiration vraie que voue Pascal Amblard à ces figures montagnardes.

Paul Démarchi (1913-1956), « le Saint-Bernard des neiges »: « Il y a dans cette série de portraits nombre de personnages qui s’illustrèrent dans des premières retentissantes (…)Mais d’autres aventures, les sauvetages en montagne sont bouleversantes(…). Paul Demarchi est à ce titre une légende à lui tout seul. » (Pascal Amblard)
Pascal Amblard s’adonne à sa passion pour l’alpinisme sur l’arête des Cosmiques…©Serge Roetheli

Féru d’alpinisme lui-même et grand amateur de littérature alpine, Pascal Amblard avoue éprouver un faible pour les années vingt et trente. Il s’est replongé avec bonheur dans ses lectures préférées. S’il aime les anciens et s’est nourri de leurs récits, Pascal connait bien et admire aussi le parcours des guides de sa génération tel que Christophe Profit. Pour les plus jeunes, il a sollicité les conseils avisés du Président de la Compagnie des Guides de Chamonix, Olivier Greber et s’est ensuite orienté vers leurs réseaux sociaux pour mieux cerner leur personnalité et leur cursus, trouver des images sur eux… Les portraits du photographe Mario Colonel pour son livre consacré à la Compagnie des Guides « Une belle histoire », resté une référence malgré sa parution en 2009, comptent parmi les sources d’inspiration citées par Pascal Amblard.

Une page de l’un des carnets de dessins de Pascal Amblard. Portrait de Lionel Terray (1921-1965), auteur du livre « les conquérants de l’inutile » – le plus connu de la littérature alpine avec « Premier de Cordée » de Frison-Roche.

A l’origine de l’idée de cette incroyable galerie de portraits, la page Instagram de la Compagnie des Guides de Chamonix créée à l’occasion du bicentenaire et présentant ces montagnards illustres qui jalonnent les deux ans de son histoire. Séduit et ému par ce qui émane de ces visages, par la profondeur des regards de ceux qui vouent leur vie à la montagne, par leurs parcours surprenants, Pascal Amblard commence à remplir des carnets de croquis de deux tailles pour tester la fiabilité et l’intérêt de son projet en s’inspirant de ces premiers portraits. L’idée étant de définir un style pour trouver la représentation idéale qui gomme les disparités entre les générations de telle sorte que l’ensemble reste homogène, qu’il s’instaure une fluidité naturelle d’un portrait à l’autre. La mise en page change, le cadrage aussi et bien sûr le décor. L’artiste s’adapte au sujet et le représente dans son élément en se livrant avec subtilité à des variations multiples, le guide sur fond de paysage…ou pour reprendre l’expression chère au Douanier Rousseau (qui en revendiquait l’invention), le « portrait-paysage ». Le paysage étant pour ces « Visages d’altitude » invariablement la montagne, bien sûr! Mais quelle montagne et vue sous quel angle? Chaque visage rime avec paysage, celui du guide. Entre les deux, Pascal Amblard perçoit parfois des liens autres que sportifs. Ainsi écrit-il : « l’Aiguille verte fût la passion d’Armand Charlet, 100 fois au sommet par 14 itinéraires différents dont 7 premières. Il ressemble à cette montagne exigeante et élégante. Son visage exprime aussi la rigueur et l’énergie(…) »

Christophe Profit (1961- ), « un gamin de Rouen qui avait rêvé de gravir la face ouest des Drus « à la vitesse d’un marcheur »(…)En 1987, il faudra 42 heures à Christophe Profit pour gravir les faces nord des Grandes Jorasses, de l’Eiger et du Cervin ». (Pascal Amblard)

En introduction à son livre, l’artiste explique qu’en plus de traduire son admiration pour ceux et celles qui se trouvent ici représentés, et plus généralement pour leur métier, « ces dessins sont aussi l’expression personnelle d’une passion pour la montagne, pour tout l’environnement montagnard ainsi que la vision d’un simple amateur d’alpinisme. » . Le livre, comme l’exposition reflètent bien la richesse inouïe de personnalités qui règnent au sein de la Compagnie des Guides de Chamonix mais les dessins soulignent aussi que toute cette superbe cordée est reliée à travers les décennies par des qualités humaines exceptionnelles qui les portent au delà des exploits sportifs. Il y a des regards qui ne trompent pas chez certains taiseux savoyards et dans lesquels se lit le courage, l’indépendance, la passion et la bonté.

Roger Frison-Roche (1906 – 1999), l’auteur de « Premier de cordée »…« Frison-Roche fût d’ici et d’ailleurs. Un montagnard et un explorateur. C’est ainsi qu’il a trouvé la juste distance et qu’il a vu toute la beauté des lieux et des gens(…)Sa passion, son talent et sa personnalité en font un élément unique du patrimoine de la Compagnie des Guides de Chamonix. » (Pascal Amblard)

Ces femmes et ces hommes captent notre attention parce Pascal Amblard a su jouer avec un parfait nuancier de toutes ces vertus. Le livre s’ouvre avec Jacques Balmat, dit « Mont-Blanc » (1762-1834), le premier à avoir atteint le sommet mythique en 1786 et se referme sur Lise Billon, née en 1988, une des très rares femmes (elles sont trois seulement)à avoir obtenu le Piolet d’Or, autrement dit à appartenir à « l’élite mondiale de l’alpinisme« . Pour elle ce sport  » justement c’est comme l’art et c’est fondamental. Surtout dans un monde où on va vers toujours plus de sécuritaire, avec la haute montagne on est libre d’engager notre propre vie, c’est notre responsabilité, nos choix. »

Lise Billon (1988- )
Pascal Amblard entouré de ses « Visages d’Altitude » ©DR

« Visages d’Altitude » Portraits de la Compagnie des Guides de Chamonix, Galerie Loic Lucas, 29 Rue du docteur Paccard – 74400 Chamonix Mont Blanc (+33(0).6.62.61.13.31)

Sans oublier le livre « Visages d’Altitude », à la fois catalogue de l’exposition et bel album à conserver précieusement ! Conjointement à Pascal Amblard, Loïc Lucas expose aussi dans sa galerie un sculpteur animalier de talent « Michel Bassompierre. 50 ans de sculpture ». Les deux expositions durent jusqu’à fin août mais la galerie Loïc Lucas présente en permanence ces deux artistes depuis bientôt dix ans.

Autre exposition, au contenu très différent, « La Compagnie des Guides de Chamonix, une histoire d’adaptation » à la Maison de la Mémoire et du Patrimoine Janny Couttet. Elle retrace « la belle histoire » de la prestigieuse institution qui a toujours su rebondir tout au long d’un parcours semé d’embûches et celle du métier de guide dans la vallée de Chamonix à l’aide de photos, de documents d’archives et objets divers. « Fondée en 1821 à l’initiative de la municipalité et des guides eux-mêmes, elle est ensuite confirmée par le pouvoir royal sarde en 1823, qui la dote de son premier règlement. Depuis, la Compagnie a su s’adapter aux évolutions politiques, sociologiques et touristiques ainsi qu’à la montagne elle-même, au développement de l’alpinisme et au changement climatique. » D’où le maître mot qui sert de fil rouge à l’exposition « l’adaptation ». Une faculté indispensable pour cette Compagnie qui perdure depuis deux cents ans et souscrit avec enthousiasme aux deux cents prochaines années !

Le parcours de l’exposition est un voyage dans le temps, de l’apparition du premier guide bien avant 1821 jusqu’à « La Compagnie des Guides au féminin » avec la première femme diplômée Sylviane Tavernier, en 1985.

« La Compagnie des Guides de Chamonix, une histoire d’adaptation » est aussi l’occasion de découvrir ou de retrouver un lieu culturel chamoniard plein de charme, dédié à la conservation des archives sonores, orales et photographiques collectées par le service « Mémoires de la ville », à la valorisation des archives et du patrimoine en général grâce à des expositions et des actions culturelles. Il s’agit aussi d’un centre de ressource documentaire ouvert à tous incluant une bibliothèque et une photothèque historique (base de données consultable sur place).

« La Compagnie des Guides de Chamonix : une histoire d’adaptation »
jusqu’au 14 mai 2022. Maison de la Mémoire et du Patrimoine Janny Couttet, 90 rue du Moulins, 04-50-54-78-55, http://www.ccvcmb.fr > Culture > Musées > Maison Mémoire Patrimoine

Tout cela nous conduit à grands pas à la Fête des Guides…qui se déroule cette année du Bicentenaire du 13 au 15 août à la fois à Argentière, les Houches et Chamonix. Au programme: concerts, spectacles, one man show, cérémonie traditionnelle… et la projection du film des 200 ans, “Encordés”, réalisé par Yucca Films. Tous les bénéfices sont reversés à la Caisse de Secours, fond d’aide aux membres de la Compagnie victimes d’accidents et à leurs familles.

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